Oh Kadhal Kanmani

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Très peu sont les réalisateurs à avoir marqué toute une génération de scénaristes, metteurs en scène et même critiques. Mani Rathnam, en plus d’avoir touché ces jeunes a réussi à unir tout un pays grâce à ses films cultes comme Nayagan, Roja ou Bombay. Malgré son renom dans l’industrie et sa place intouchable, Mani sir restait sur deux échecs suivis. Si Raavanan a été longuement critiqué, Kadal est un débâcle au Box Office. Alors que beaucoup pensaient que l’homme était fini (ou presque), le cinéaste non-conformiste annonce son retour. Oh Kadhal Kanmani, dixit OK Kanmani
 

Malgré les mauvaises langues, l’annonce du projet a suscité un certain engouement sur les réseaux sociaux, le maître de la romance est de retour. Quinze ans après le film culte « Alaipayuthey », il s’associe de nouveau avec PC.Sreeram (chef opérateur de renom). Des images artistiques, une romance réaliste, des répliques cultes. Voici ce qu’attendent les amateurs de sa romance. 

Synopsis : Aadhi et Tara, deux jeunes amoureux tamouls habitant Mumbai, renoncent au mariage et suivent le concept du « living together ». Préoccupés davantage par leurs carrières de game designer et d’architecte, ils sont persuadés que le mariage serait tout simplement un obstacle.

Le générique d’intro suffira à nous faire comprendre que malgré son âge, notre réalisateur n’a rien perdu de sa jeunesse et reste clair dans ses intentions. Contrairement à ses précédentes œuvres romantiques telles que Mouna Raagam et Alaipayuthey, Oh Kadhal Kanmani est léger, sans "overdrama", ni trop sentimental. Nos personnages n’ont pas le temps pour tout cela. Entre le prototype du jeu vidéo que doit délivrer Aadhi et les voyages de Tara concernant son travail, le couple avance, vite, très vite même. Six semaines. Leur relation progresse, ils se découvrent mutuellement et la complicité fait son apparence petit à petit. Si dans Alaipayuthey, nous avions eu une Shakthi hésitante, Tara est tout son contraire. Dynamique et emportée par la fougue de la jeunesse, elle ne se pose pas trop de questions sur le passé ou la personnalité de Aadhi. Les deux personnages passeront une nuit à l’hôtel, sans même connaître leurs noms de famille respectifs. Inutile, me direz-vous, mais cela montre à quel point l’homme aux commandes suit la tendance actuelle. Alors qu’on se dit que ce OK Kanmani va manquer de sérieux, d’émotions, la surprise viendra de « Bhavani aunty » (Leela Samson) et « Ganapathy uncle » (Prakash Raj). Le réalisateur expose petit à petit deux idéologies de l’amour, une comparaison entre l’amour « old school » et l’amour contemporain. Entre un couple emporté par sa jeunesse qui brise les codes de la culture tamoule, et l’autre où le mari qui suit le fameux « Unakku Naan, Enakku nee ». Mani sir ne prend pas parti pour l'un ou l'autre et ne force pas non plus son public. Il ne donne pas de leçon. Il ne critique pas. Il expose. 
Au contact de ce couple de retraités et à l’approche de leur séparation, Tara et Aadhi réagissent et montrent leurs premiers signes de peur. La peur de la séparation. Les crises et colères presque inutiles interviennent. Alors que le metteur en scène évitait tout drame ou émotion, il laisse ses personnages s'émouvoir. Si Aadhi ne montre pas trop de signes explicites, Tara, au contraire se dévoile. Notamment dans la scène avec Prakash Raj où elle dira : « Athighama sandosham vandhalum, athighama thukkam vandhalum, Thookam Varadhu ». Rien de plus, bref mais subtile. Une réplique typiquement Mani Rathnamesque. Même si cette génération ne se prend pas au sérieux sur certaines choses, les événements les affectent. La disparation de Aathi est un exemple. Il lui manque, elle se met en colère mais s’oblige à ne rien montrer. Ne pas s’attacher. 
Mais attention, Mani Rathnam ne donne pas son avis sur le mariage. Comme dit auparavant, il expose . Questionnée par la belle-sœur de Aadhi, Tara demandera si le mariage est un certificat approuvé pour vivre avec la personne que l’on aime ? Elle est sûre d’elle et elle ne se cache pas. Mais en même temps, nous avons à côté un couple de retraités, qui s’aiment malgré un obstacle important. Eux nous rappellent qu’il n’est pas interdit de manquer à une personne, qu’on peut toujours se plier aux attentes de l’autre. Tout plaquer et suivre son âme sœur. 

Au niveau de l’histoire ou schéma scénaristique, rien n’est innovant, du vu et du revu mais la touche du réalisateur fait de ce film un immanquable. Beaucoup critiqueront le manque d’émotion, le côté trop jeune, high-tech ou cosy. On a ici un film très classe, les personnages sont très bien habillés, élégants. On a une chanteuse carnatique de renom (Bhavani aunty), un couple de retraité, sans enfants qui a sûrement dû connaître le luxe. Un jeune couple avec diplôme et travail. Les endroits fréquentés, l’appartement où vivent les quatre personnages montrent un peu la classe sociale. L’élite ?
Ce film s’adresse peut-être à une tranche de spectateur particulier. Peut être qu’ OK Kanmanin’interpellera pas une large audience mais tout de même, comme dans Alaipayuthey, nous avons ces moments « wow » où nous allons sûrement nous reconnaître sur écran. Une version longue de la romance de Trisha et Siddarth dans Ayudha Ezhuthu ? On ne s’en plaint pas. 

La réussite de ce film tient grandement au casting parfait. Après Aravind Swamy et Madhavan, c’est au tour de Dulquer Salman, méconnu du public tamil, de peut être devenir une révélation pour certains. Il interprète avec aisance le garçon cool et urbain de Mumbai. Le jeune acteur fait parti d’un talent à suivre de très près près en Inde. Avec Nithya, les deux acteurs ont une réelle alchimie et ont vécu leurs rôles. Prakash Raj est bon dans un rôle inhabituel, mais c’est Leela Samson, l’ex-directrice de l’école de danse Kalakshetra qui se démarque. 

Comme dans tout film du réalisateur, nous avons ses plans poétiques, artistiques... PC Sreeram a fait ici un travail remarquable, et est l’un des pilliers de ce film. Techniquement nous avons peut-être de ce qui se fait de mieux en Inde. PC.S, Sreekar Prasad, AR.Rahman. Et le résultat est évidemment présent, quand nous avons Mani Rathnam aux commandes. Il a exploité et mis en avant avec brio le talent de ses techniciens. 
Concernant la musique de AR.Rahman, la musique de fond est tout à fait adaptée. Seules deux chansons ont été mises en image. 

Pour finir, Ok Kanmani est bel et bien le retour de Mani Rathnam. Une romance légère mais appréciable. Le film comporte tous les éléments habituels du cinéaste : pluie, bus, train. Répliques simples, la romance réaliste. Bref , allez-y, un film à ne pas manquer avec votre (ou vos) Kanmani.

3.5